Mon amour ma vie / Claudie Gallay

Publié le par Bib

 C'est l'histoire d'une famille de « rom' » échouée sur les bords du 
 périphérique. L'histoire d'un cirque à bout de souffle qui tente de sortir 
 la tête de l'eau dans un monde sans pitié. Dan, le petit dernier de la 
 troupe, se forme auprès de son père, joueur acharné et perdant avéré, sa 
 mère, Mam', belle, puissante, qui l'étouffe par un amour ambigu , ses deux 
 oncles, Jo et Sam, et d'un proche de la bande, Chicot, le clown-triste du 
 groupe. Dan apprend donc à devenir un rom', un vrai : il observe, apprend. 
 Comment enfermer les chats dans le ciment pour protéger le camp, revend à 
 l'IRH les chiens qu'il vole aux passants, multiplie les tentatives de 
 suicide avec Zaza, sa petite amie difforme à cause de la poliomyélite, et 
 enveloppe de tendresse et d'amour sa guenon… mais Dan a un rêve : voir la 
 mer, qu'il n'a encore jamais eu l'occasion d'apercevoir, seulement de 
 l'humer. Et pourtant elle n'est pas si loin cette foutue mer, il suffit 
 simplement de traverser la ville… 
 Une descente parfois très raide dans les enfers du monde nomade, où la vie 
 est un combat de tous les jours, auquel se livre Dan, voleur, menteur 
 invétéré, qui ne renie pas ses origines, mais qui en cherche le sens. Un 
 livre sans compassion, sans complainte, dur et attachant, qui montre au 
 lecteur la difficulté de grandir, de comprendre, et de s'adapter, dans un 
 monde trop hostile. Mais l'écriture est fluide, souple, et les personnages 
 étranges et omniprésents, ce qui permet au lecteur de sortir la tête du 
 martyr quotidien de la famille, dont personne ne se plaint à aucun passage. 
 Il s'agit simplement d'admettre que c'est ainsi, que les choses ne sont pas 
 toujours comme on le souhaite, qu'il faut parfois souffrir, aimer, tout 
 simplement vivre pour mieux comprendre de quoi il en fait. Dan, malgré les 
 drames qu'il endure, n'est pas du genre à se laisser abattre, loin de 
 s'apitoyer sur son sort, il traverse des étapes qui lui permettent une 
 réelle remise en question de sa situation et de sa propre existence, si 
 misérable soit-elle. Entre amour, mépris, et folie, Claudie Gallay 
 transporte ses personnages dans une fresque moderne noire qui s'impose par 
 l'intensité de leurs désirs et de leurs croyances. 

Anaïs

-Gallay, Claudie. - Mon amour, ma vie. Actes sud

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deashelle 12/08/2010 12:35


Les peurs, les rêves, les gens de voyage

« Le remède à la peur et à l'insécurité ne se trouve pas dans une surenchère sécuritaire mais passe par une action de longue haleine nourrie de respect et de connaissance réciproques ». Est-ce que
Claudie Gallay s’est attelée à ce vœu très pieux dans ce roman réaliste, aussi tranchant qu’un faisceau de haches, aussi sobre qu’un morceau de pain sec, a-t-elle décidé de nous monter une réalité
que l’on se refuse à voir ?
Nous voilà au cœur d’une étoile à cinq branches, tombée dans un dépotoir, à côté de la vie. Nous découvrons d’un coup, par les yeux d’un enfant, une famille en cage, sous l’empire du mal et de la
violence. Elle est cernée par la pauvreté, ils sont tous les cinq échoués sur ce vague terrain à la périphérie du périphérique, avec leur rêve cassé, le chapiteau fracassé, le cirque évanoui. Un
pilône de la vie moderne leur est même tombé sur la tête un soir d’orage, inamovible, personne ne peut plus bouger. La mer, dont rêve Dan inlassablement, est si loin !
Ils sont dans l’immobilité, fracturés du reste de la société, enlisés dans le malheur. A peine de quoi subsister : des sardines volées, de la viande d’abattoir, la vengeance comme seul repas. A
l’intérieur de ce microcosme glauque et dur, deux tigres en cage, toute musique vendue. La peur de la flicaille et de la racaille glace tout effort, et le père sombre happé par les démons du jeu.
Après avoir dévalisé toute la petite communauté, Il va jusqu’à voler son propre fils, qu’il prend au passage pour victime expiatoire à l’intérieur de ce cercle maudit. Il n’est qu’un sang-mêlé ! Et
puis il y a le pouvoir de ce chat, image de Lucifer, plombé dans le ciment qui se débat encore et répand le mal lampant, malgré toutes les incantations en rom et les malédictions en blanc. Et plus
tard, même Tanya, la guenon maternelle, l’amour animal de substitution, seul bonheur du jeune garçon, sera enfermé en cage, pour finir en fumée… mais la vie ? ‘Quand on coupe un arbre, il a bien
des chances de repousser’. La vie n’a pas dit son dernier mot. Mon amour Ma vie. Ma mère Ma guenon. Excessif, éphémère et beau comme un diamant.
Dan sait ramasser cailloux, ficelles, au fond de ses poches, survivre au cloaque, célébrer la vie, aimer, et rêver de l’immensité de la mer. Rêve inépuisable et jeux interdits qu’il partage avec
Zaza, handicapée de toutes parts, et si gourmande de vie, comme lui ! Echapper au naufrage, faire le nouveau voyage ! Libérer la guenon en retrouvant soudain des rites indiens ancestraux, retrouver
le mystère du cercle de la vie, éternelle.
La cadence du roman est celle des inéluctables et rudes cahots de roulottes cheminant sur les routes, la langue nous ballotte dans le minimum, mais devient un tel condensé à chaque détour que ce
sont des cailloux étincelants que l’on cueille à son tour sur la route, pour se les mettre dans la poche.
On a découvert ce monde étrange, qui se dit à part, en noble filiation avec une culture qui remonte au berceau de L’Indus. Liberté de mouvements des hors castes. Aucune dépendance. Fierté et
désespérance, violence du clan et splendeur des gens du voyage. Itinérance, transhumance, on ne peut que respecter la différence et les apôtres du rêve.