
Jeune et je lis (les gars aussi)
Le blog de la médiathèque de Bagnolet
© AnneBacheley
Robert J. Sawyer (1960-) est un jeune auteur canadien, dont les romans offrent un mélange des genres entre la science-fiction (avec extra-terrestres exotiques), le polar et la vulgarisation scientifique, confrontée aux croyances religieuses.
Calculating god commence par une scène fracassante : l’arrivée des premiers extraterrestres sur Terre. Contrairement à ce qu’on a toujours mis en scène dans les films, il n’atterrissent pas devant les sièges des gouvernements, mais, simultanément, dans des lieux inattendus, comme devant un musée, ou un hôpital. L’histoire se concentre sur Hollus, araignée géante de son état, qui atterrit devant le MRO (Musée Royal de l’Ontario) où il demande, dans un anglais parfait, à parler à un paléontologue. Tom Jéricho se présente à lui. C’est le début d’une grande amitié, et d’un duo de conversations épiques sur la cosmologie, l’existence de Dieu, le passé et l’avenir de l’Univers. Car les deux espèces extraterrestres intelligentes qui viennent visiter la Terre, les Forhilnors (race de Hollus), et les Wreeds (race de T’kna), croient en un Dieu scientifique, qui aurait planifié la création de l’Univers et l’évolution de la vie de façon à y faire éclore des espèces intelligentes sur certaines planètes. Selon eux, la preuve de cette planification tient à la concommitence, sur leurs planètes respectives, des grandes extinctions de masse qui ont ponctué l’histoire de ces dernières : notamment, celle des dinosaures (il y a 65 millions d’année) aurait son équivalent sur ces deux mondes. Pendant tout le livre, Jericho, l’homme athée, et Hollus, l’extraterrestre croyant, discutent pour se convaincre l’un l’autre.
Jericho a un cancer incurable des poumons. Il apporte une objection à la vision des choses de Hollus : comment un Dieu bienveillant pourrait-il accepter que ses créatures souffrent ? Comment le mal peut-il trouver une justification dans l’ordre cosmique ?
Ce roman est intéressant, à plusieurs titres. D’abord au niveau du développement de l’hypothèse de départ : que ce passerait-il si un extraterrestre débarquait sur Terre ? Cette rencontre correspondrait-elle à l’idée préconçue qu’on s’en fait ? Opérant une mise en abîme, le roman se pose toujours en opposition avec la prose d’anticipation, disant que celle-ci se trompe, que la réalité est infiniment plus déroutante, même si par là même, il reste dans le domaine de la fiction.
Ensuite, au niveau des interrogations d’ordre moral et philosophiques que pose le problème de l’existence de Dieu vis-à-vis du mal. Tenir compte du mal implique de faire l’hypothèse d’un Dieu soit impuissant, soit indifférent, soit voulant le mal, soit intégrant le mal comme un mal nécessaire dans le cadre d’un plan bénéfique dans l’ensemble.
Enfin, au niveau de l’intéraction, de la question de la compatibilité entre science et religion. Sawyer veut nous montrer que croyance et adhésion à l’évolutionnisme peuvent être compatibles. Ses énoncés scientifiques semblent solides, même si je ne dispose pas de suffisamment de connaissances pour en juger. Dans tous les cas, au niveau philosophique, tout se tient.
Mon avis donc :
Un livre dense et riche, à conseiller à de jeunes adultes intéressés par la philosophie et les sciences. Je ne m’y connais pas suffisamment en science-fiction pour juger de son originalité par rapport à des livres plus anciens, mais il me semble intéressant.
Article critique (plutôt positif) :
Magazine littéraire, octobre 2005, dans la rubrique Science-fiction.
Extraits :
La première page : « Je sais, je sais…Un extraterrestre qui débarque à Toronto, cela semble un peu incongru. Certes, la capitale attire les touristes, mais on s’attendrait plutôt à ce qu’une créature venue d’un autre monde se rende à l’ONU, voire à Washington. » (p. 13)
« n’importe quel univers a besoin d’un dieu pour être créé. […] Dieu, à sa façon, était […] programmeur. Les lois de la physique, ainsi que les constantes physiques qu’il a mises au point, ne sont que le code source de notre univers. […] notre créateur, est-on en droit de présumer, avait, lui, un résultat bien précis en tête et il a composé le code dans l’unique but d’obtenir ce résultat. Sauf que tout ne s’est pas déroulé exactement comme il l’avait prévu : les extinctions en masse, par exemple. » (p. 101-102)
« Il n’y a aucun vide parfait. Pas plus qu’il n’existe un Dieu parfait. Et vos souffrances ne requièrent pas davantage d’explications que l’inévitable imperfection. […] _ Si Dieu est bel et bien conscient de votre maladie et qu’il n’a rien fait, […] alors d’autres préoccupations lui imposent à lui/elle/ça de laisser votre maladie faire son chemin. […] _ Triple con, explosai-je. Je vomis du sang tous les jours. J’ai un môme de six ans qui crève de trouille, un gosse qui va être obligé de grandir sans père. J’ai une femme qui va être veuve d’ici l’été prochain. Quelles préoccupations passent avant celles-là ? » (p. 149-150)
Jessica
- Sawyer, Robert J. - Calculating god. - Paris : J’ai lu, 2005. (J’ai lu, Science-fiction).
© J'ai lu
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